Patron ! Un Belleville Shangai Express, un !

Publié le par Olivia van Hoegarden

Patron ! Un Belleville Shangai Express, un !
Philippe Lafitte est un auteur qui se fait désirer. Son dernier – et très inspiré – roman qui racontait l'improbable vie posthume d'Andy Warhol, resté dans les mémoires, datait de quelques années - et on attendait avec impatience le nouveau fruit de son imagination voyageuse. On n'est pas déçu par "Belleville Shangai Express". Cette fois, pas d'interrogation existentielle d'un spermatozoïde ("Etranger au paradis", Buchet-Chastel), pas de plongée dans le post underground new-yorkais ("Vies d'Andy", le Serpent à plume) mais une virée live dans l'un des quartiers les plus chauds et les plus trendy de Paris, Belleville, là où les racismes ordinaires se prennent à la gorge : beurs, nouaches, viets, et les "bananes", ces métis jaunes dehors, blancs dedans. Dans cet arrondissement cosmopolite, les ethnies se mélangent, les gangs s'affrontent

"Belleville Shangai Express" (Grasset) dont le titre est un hommage au film de Joseph von Sternberg, nous mène au cœur des magouilles d'une mafia chinoise planquée derrière les enseignes de restaurants typiques : Le Dragon céleste ou Le Royal Mandarin.. On y fait sauter les beignets de crevettes, les cervelles et si on peut, les PV parce qu'on a un flic dans sa poche.

Beaucoup de personnages se croisent lors de cette épopée sino-parisienne. D'un côté, un héros, Vincent Chêne, Marie-Paule, sa mère aux yeux bleus, Hang, son père viet-namien disparu mystérieusement, Dao, sa grand-mère presque centenaire, ses copains à la morale élastique, et de l'autre, une héroïne, Line, la délicieuse fille du puissant homme d'affaire, monsieur Li, Yan, un garde du corps sans cœur et ses sbires en pleine chevauchée derrière les vitres teintées d'un Porsche Cayenne. Et pour pimenter la sauce, une lieutenante de police.

Vincent est une "banane", génération boat-people. Cartier-Bresson en devenir, il ne quitte jamais son Leica. Il a dans le viseur la splendide Line, mannequin, érudite, diplômée en économie qui n'hésite pas à se mettre en danger lors d'un séjour à Shangai. Sûre de sa beauté, elle ose toutes les aventures au risque de se perdre. Dès le premier regard, elle forme un couple avec Vincent, prêt par amour, à forcer le destin. Tout en se cherchant, ils débusquent les mensonges de leur entourage, Roméo et Juliette du 21e siècle toujours en but aux mêmes luttes ataviques.

"Belleville Shangai Express" est un thriller, servi par le talent habituel de Philippe Lafitte. Toutefois, en comparaison de ses romans précédents, les situations nous sont plus proches, l'écriture s'assouplit, on nous gratifie d'un soupçon de sensualité, les femmes sont des lianes, objets de désirs, exotiques. Est-ce le cerveau reptilien de l'auteur qui s'exprime enfin ? Tels des photographies, les paysages urbains de Belleville et d'une nouvelle Chine trépidante et cruelle, nous apparaissent à chaque page comme autant de clichés saisis par le héros du roman, ouverture, cadrage, vitesse. Clic clac, c'est dans la boîte.

Au final, une passionnante aventure Est-Ouest où les cultures s'affrontent ainsi que les modes de vie, et une belle histoire d'amour pour les romantiques inconditionnels.

Belleville Shangai Express

280 pages

18 €

Grasset

Publié dans Roman

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