Rien ne s'oppose à la vie

Publié le par Olivia van Hoegarden

Rien ne s'oppose à la vie
Rien ne s'oppose à la vie

Ce soir, le temps est doux. Le soleil s'éteint doucement au bout de mon jardin, il va bientôt basculer derrière le grand peuplier, l'air se rafraîchira, les jours raccourcissent, et la nuit tombera un peu plus tôt qu'hier et un peu plus tard que demain. Je n'en ai cure car je me sens particulièrement bien.

Hier, je me suis engueulée avec mon mari, rien de grave, les filtres Maxtra de ma carafe Brita sont bien moins chers chez Amazon, donc pourquoi suis-je donc allée en acheter chez Monop, il m'avait pourtant bien prévenue. Ce soir, ce sera plus tranquille, c'est statistique. De la fenêtre du bureau où je travaille à ma thèse sur Facebook (depuis 2007, je compile de l'info on verra plus tard pour la construction et la mise en forme, ça sortira en même temps que la version Facebook Senior, A Story Of A Veteran), je contemple un vieux pommier malade mais qui donne des fleurs au printemps et des pommes à l'automne, ce qui pour un pommier même centenaire relève tout de même d'un admirable professionnalisme. Je peux voir aussi le laurier que mon fils et ma belle-fille m'ont offert pour la fête des mères. Il s'épanouit dans son grand pot de terre cuite donné par un vieux pépiniériste retraité que j'ai soulagé d'un stock de terreau et de billes d'argile. Les roses trémières penchent avec grâce leurs corolles bicolores en direction de la lumière. Le basilic de chez Monoprix n'est jamais sorti et le chien a renversé le pot de persil où j'avais enfoncé des bâtonnets d'engrais naturel. L'animal voulait dévorer ces denrées, m'est avis que l'origine naturelle est due à du compost fabriqué à base de crottes de toutes sortes. La coriandre monte en graine et les oliviers dont j'ai coupé les branches mortes commencent enfin à donner quelques feuilles tendres. L'hiver venu, ils retourneront se planquer au fond du garage avec toutes mes autres plantations, sauf la pelouse qui est le domaine réservé de mon mari. Non, je vous dis, je suis bien, zen, cool.

 

Cuisses à chaleur tournante

 

Pour le dîner, j'ai prévu des cuisses de poulet. Je les ai placées dans un grand plat en pyrex avec des citrons confits, des tomates bio, du thym et de la sauge fraîche, dessus j'ai râpé de la curcumine, et du gingembre, deux antiradicalaires reconnus. Et puis, je les ferai rôtir une heure au four à 220° dans mon four à chaleur tournante. Sans doute, je lierai la sauce avec un soupçon de lait de coco bien moins calorique que la crème fraîche. Dès que mon mari aura vu la météo, le début du JT, insulté Pujadas, Hollande, Sarkozy, Valls, et les migrants non sans rappeler que le curé de notre paroisse, Bruno Lhirondelle a obtenu l'accueil de deux familles chrétiennes d'Orient, nous passerons à table et dînerons vite car sur France 2 en prime, il y a les deux blondes qui présentent des reportages sans interêt qu'on a déjà vus cent fois. Pendant ce temps, je pianoterai sur mon Iphone 6 qui selon la dernière Keynote d'Apple sera obsolète dès Noël avec le lancement des upgrades S. A 21h30, mon mari sortira les chiens et fermera les volets de l'extérieur tandis que je les verrouillerai de l'intérieur. Il montera alors se coucher sous le prétexte fallacieux de retaper le lit et je pourrai zapper sur CanalSat et regarder The Wire ou Ray Donovan ou Happy Valley ou True Dective 2 ou Show Me A Heroe ou la Tour infernale, si je veux. Il y en a qui sont proprio de la zapette, d'autres qui payent l'abonnement Canal +. Et quand je voudrai, je monterai aussi me coucher pour lire, au choix, l'essai sur l'intestin, cet organe méconnu (http://livre.fnac.com/a7966840/Giulia-Enders-Le-charme-discret-de-l-intestin), ou le roman de Laurent Binet sur le supposé assassinat de Roland Barthes (http://livre.fnac.com/a8646705/Laurent-Binet-La-septieme-fonction-du-langage)|. Les deux sont marrants mais les auteurs se noient dans les méandres du style atelier d'écriture, un genre qui a donné, entre autres, les chefs d'œuvre de Catherine Pancol. Rien n'est grave, j'ai sous le coude le dernier de Toni Morrisson : God Help The Child, mieux connu en français sous le titre de Délivrances mais je le lis en anglais (http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/romans/delivrances-de-toni-morrison-la-puissance-litteraire-dune-dame-de-84-ans-225447). Parce que. Je suis snob. Quand je dors ? Mais le matin, l'après-midi, pas du tout... je m'en fous, je suis retraitée, les trois quarts de mes enfants sont partis et le dernier quart, une fille, est prof d'équitation chez Jacinthe Giscard d'Estaing. Ma fille tient de moi, elle est snob. Jamais elle ne bosserait chez Albert Dugloupier, éleveur de poneys. C'est dans les gênes comme dit mon mari quand il voit que je refuse de faire le ménage, comme le refusait ma mère et ma grand-mère et mon arrière-grand-mère avant elles.

 

Rendez-vous chez Joséphine where The Ocean Burns

 

Sérieusement, la vie est trop belle. Ce soir, mon fils DJ, Maxime ou Max Pask, joue aux Caves parisiennes, chez Joséphine rue Moret http://www.cafejosephine.fr/#cocktails. J'aurais bien aimé y aller mais c'est loin, c'est tard et puis, c'est bourré de jeunes qui vont me trouver ridicule. Mais on peut aussi trouver ses mix, normal pour Max, sur Beatprt https://pro.beatport.com/track/unmanned-original-mix/3873811Avec un peu de chance son frangin, Arnold Petit, chanteur de métal ira représenter la famille https://www.youtube.com/watch?v=oYeajSjRxgI. D'ailleurs, je le signale, celui-là est également traducteur et un roman héroic fantasy jeunesse vient de sortir en français, traduit par lui, ça s'appelle Witch Fall http://www.amazon.fr/Witch-Fall-Amber-Argyle/dp/2371020583. Et puis, j'espère qu'ils seront là tous les trois, le DJ et le Métaleux avec la Prof d'équit pour déjeuner dimanche comme au bon vieux temps. Manquera notre DRH national de Loire Atlantique mais pour l'heure, il couve son adorable petite fille, 4 ans, celle qui ne me trouve pas belle et qui met son pied sur les chaises où elle ne veut pas que je pose mon auguste postérieur. Et puis, lui et son épouse attendent mon futur petit-fils qui doit paraître sous l'arbre de Noël. Ils sont donc excusés.

 

On ne fume plus

 

Ce soir, je vais délicieusement bien, j'ai arrêté le Prozac depuis 3 semaines, le Lexomil depuis deux ans, je ne prends plus qu'un Valdoxan et un Imovane chaque soir. En revanche, je me suis prise d'amour pour Rescue des Fleurs de Bach, non il ne s'agit pas d'un exercice de clavier bien tempéré. Et puis, un petit Côtes de Bourg ou de Blaye ou mieux un Graves de 2008, je ne crache pas dessus. Mon mari a taillé les buis en boules parfaites et tondu la pelouse où on pourrait planter au moins dix tentes pour les Syriens, ça sent bon l'herbe coupée. Non, je ne fume pas. Enfin, je ne fume plus, je le regrette un peu car une bonne beu ça percute les neurones. J'aimais bien les Cool ou les Dunhill vertes aussi.

 

Delphine de Vigan est une merveille

 

Vous savez, j'ai des amis merveilleux, des enfants merveilleux, un mari merveilleux, des chiens merveilleux, si j'avais un chat, il serait merveilleux. Je suis moi-même merveilleuse comme me disait Maman quand elle m'assurait que ce que j'avais de plus beau dans la figure, c'était les pieds. Je me demande bien de quoi je pourrais me plaindre. Justement, je ne me plains de rien. Je suis en parfaite santé, j'ai des poumons de jeune fille, je le sais depuis ce matin. Ma mammo, mon frottis, ma fibro, ma colo, mes gaz du sang sont au beau fixe. C'est juste ma Peugeot 208 4 CV hyper connectée, grise, banale, étouffante, je ne peux pas la saquer. Non, j'rigole, il y en a qui sont obligés de se déplacer en bateau pour accoster en Grèce ou en Italie ou qui font l'Autriche-Hongie en chemins de fer barbelés. Moi, je ne pars pas en vacances, je suis trop bien chez moi et puis, qu'est-ce que je ferais des chiens ? Je raconte tout ça mais en fait, je voulais écrire un billet sur le roman de Delphine de Vigan D'après une histoire vraie, au début, ça m'a plu, puis ennuyée et puis j'ai trouvé ça vachement malin. Cette femme écrit remarquablement bien, elle pratique le layering littéraire. Le layering, c'est une habitude cosmétique nippone, tu en mets une couche puis une autre puis encore une et ça te fait un soin pour la peau du tonnerre, les Japonaises, elles ont besoin de ça, moi le layering ça me bouche les pores et ça me fait des boutons. Au prix que coûtent les produits, obligée en plus de se prendre de l'Eau Précieuse. Non Delphine de Vigan ne me fout pas de boutons, au contraire, son roman précédent Rien ne s'oppose à la nuit était magnifique, incroyable, l'un des livres qui m'a le plus touchée ces dernières années et Dieu sait qu'en tant que spécialiste des Martine, de Caroline, d'Edika et de Tchoupi par la force générationnelle et en tant que maniaco-dépressive moi-même, j'en ai vu passer des récits pleins d'empathie. Et le nouveau roman de Delphine (je l'appelle Delphine au creux de mes rêves les plus profonds), ben, c'est la note de bas de page. On néglige les notes de bas de page ou les sous-titres, pourtant c'est ce qui sous tend une histoire, un film. C'est la preuve qu'un auteur a bossé. Et Delphine, elle a bossé, je l'admire profondément. Non, Delphine, fais pas l'idiote, je ne pensais pas ce que je disais, reviens quoi. Allez, on fait la paix ? J'adore ce que tu fais, je suis jalouse c'est tout. J'espère de tout mon cœur que tu auras le Goncourt, le Médicis, l'Interallié, le Fémina, parce que franchement, Christine Angot, si je m'appelais Edmonde, je dirais non. Pour conclure, j'aime la vie car depuis peu, je n'ai pas peur de la perdre. Et c'est là que demain, il y a un dîner de rue dans mon quartier, quelqu'un a oublié de le signaler à la Mairie qui n'a pas placé de panneaux interdits de circuler, je traverse pour aller me servir un verre de Bandol et paf l'Olive. Lisez D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan mais lisez-le, bon sang !

 

There is something in the air tonight. https://www.youtube.com/watch?v=dYV6KZpnEak

 

© Olivia van Hoegarden

 

 

 

 

 

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