Cowboy Light de Fréderic Arnoux. Un roman suisse

Publié le par Olivia van Hoegaerden

Cowboy Light de Fréderic Arnoux. Un roman suisse

"Cowboy Light", un titre qui fait immanquablement penser à une publicité pour un mégot moyennement goudronné, nous transporte dans une épopée besançonienne et néanmoins rurale.  Son héros assez subutexien se retrouve plus souvent qu'à son tour sur les pires des pentes, éperonne ses montures - elles sont plusieurs - à travers les plaines du Doubs et fait halte dans les anciennes usines Lip d'où il interroge les nuages de fumée et les autres. Car oui, quand il faut que les deux bouts soient joints, il fait péter les pétards de chaque côté de la frontière.  Frédéric Arnoux, jeune auteur de 45 ans, écrit en France et fume en Suisse.

Une génération paumée dans un décor social abandonné où plus personne n'a l'heure Lip, c'est dans ce contexte que Cowboy Light - appelons-le comme ça - est né - peut-être - vit et mourra s'il n'y prend garde, tant il y a de démons à ses trousses. Pour situer l'aventure dans le temps, Christine Ockrent s'appelait encore "la reine Christine" et Platini, "Platoche", ballon d'or au pied.

Colis mal affranchi

On ne sait qui est son père, ni sa mère, mais son ange gardien à Cowboy Light, c'est Tante Ginou. Elle l'a à la bonne en dépit de son peu d'appétit pour la vie quotidienne. Elle l'a recueilli quand la cigogne qui avait pris du retard dans ses livraisons, a  lâché ce dernier colis mal affranchi qui restera en souffrance ... Parfois, Tante Ginou se fâche, à juste titre : lorsque le gamin laisse traîner ses barrettes, c'est pas des trucs qui servent à faire des queues de cheval.

Ninon, ne dit ni oui ni non

Devenu - physiquement - grand, Cowboy Light, est toujours à la bourre, ne bosse qu'en intérim et s'imagine que parce qu'il se lève à 16h, il va embaucher pour un des trois grands huit. Qu'importe, il sait faire d'autres chose, dealer - oui, gagner de l'argent en vendant du shit, de la beu ou de l'héro. La trichlo, il a laissé tomber, comme la colle. On n'est plus au bac à sable quand même. Régulièrement, en compagnie, ou pas, de deux copains, Kader et Manu, accros à toutes les défonces, ses "alcoolytes" si  on peut dire, il fait coucou aux Suisses.

Midnight Cowboy aussi

Genève n'est pas loin, Ouin-Ouin,et là-bas, il y a de la fraîche, du fric et du lubrique. Alors, comme ça, Cowboy Light qui a en lui aussi du Midnight Cowboy, débarque un soir chez des rupins hélvètes et là, il tombe sur une beauté transalpine, Ninon. Il se dit que s'il lui fait un plan drague avec SAV, elle va lui refiler quelques billets tirés de son compte numéroté. Evidemment, elle est belle, bien gaulée, riche et deux fois plus âgée que lui. Mais c'est la beauté intérieure qui compte. Justement, Ninon, elle aime s'en filer jusque là de la beauté intérieure et Cowboy Light d'y aller de sa paréidolie, à toujours voir dans les cumulus plus de cul que de mulus. 

"Avec moi, tu ne cries jamais"

Et Ninon, c'est de la Lady Oyster or et acier, du genre quand on te coupe le bras, tu t'écries : "Merde ma Rolex !". Et puis, elle a de l'humour. Quand son amant - aussi fleur bleue que l'edelweiss, lui reproche : "Avec moi, tu ne cries jamais", elle rétorque "Parce qu'avec toi, je n'ai pas besoin de faire semblant." Et au lieu de palper quelque argent mal blanchi, devant un tel aveu, Cowboy Light tombe en amour. Malgré les vices et les vicissitudes, il est resté pur et naïf. Avec ça, il n'est pas fauché, autant dire que ça ne lui rapporte pas une tune.

L'écrivain dealer

Une véritable, et très belle, histoire d'amour prend forme sous  la plume de Frédéric Arnoux. Son écriture en roue libre donne à croire qu'il est connecté à une appli qui rédige ce qu'il pense, donne des détails et décrit la vie plus vite que son ombre. Et avec un très joli style sans qu'il y paraisse, sans faute de français ni de syntaxe. Les gros mots se mêlent aux expressions du cru, sur une impeccable partition grammaticale. Un authentique  sens de la narration, une manière de décrire les lieux, les situations, les sentiments comme le ferait un appareil photo de haute précision. Autant de qualités littéraires qui le disputent à de très touchants moments et à de jolis sentiments. Alors, Frédéric Arnoux, écrivain-dealer d'émotions ou portraitiste sans pitié ? Souriez, le petit oiseau va sortir, un joint au bec...

 

Cowboy Light aux éditions Buchet-Chastel dans la collection Qui Vive

197 pages, 15 €

Sortie mars 2017.

 

L'auteur.

Frédéric Arnoux, comme c'est souvent le cas pour les écrivains, sauf Jean d'Ormesson, a eu plusieurs vies. Celles de son enfance à Besançon ou pas loin. Il a perdu quelques heures dans la publicité, honorant de son talent des agences connues : Publicis, McCann-Erickson et Saatchi & Saatchi. Une chose est certaine, il écrit. Plutôt pas mal.

Cowboy Light de Fréderic Arnoux. Un roman suisse
Cowboy Light de Fréderic Arnoux. Un roman suisse

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